Vive la République ! Vive la France ! - par Joe Liqueur

  • Par arsin
  • Le 16/07/2012
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Par Joe Liqueur, sur son blog  

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Comme le débat sur le défilé militaire du 14 juillet me fatigue un peu (1), je préfère célébrer cette fête nationale en vous signalant (pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu) cet excellent billet du camarade Descartes  (2) . Cela commence par un hommage à de Gaulle, et se termine par des réflexions extrêmement justes qui rejoignent celles que j’avais développées dans ce billet, ou encore dans celui-ci. Extraits.
« Il faut poser les problèmes clairement, et cela suppose d'avoir une vision macroéconomique d'abord, sans aller tout de suite regarder telle ou telle allocation, telle ou telle dépense. Le fait est qu'il n'existe que trois manières de consommer plus qu'on ne produit : on peut puiser dans ses réserves (c'est-à-dire consommer aujourd'hui la valeur qu'on s'était abstenu de consommer hier) ; on peut emprunter (c'est-à-dire trouver quelqu'un qui renonce à consommer pendant un certain temps pour que nous puissions consommer à sa place) ; et on peut voler (c'est-à-dire prélever de la valeur sur quelqu'un d'autre sans contrepartie). Un fois exclu le vol, qui est non seulement immoral, mais surtout difficile à pratiquer aujourd'hui, il ne nous reste que l'emprunt et la réserve.

(…)

Notre Premier ministre, et l'ensemble de notre classe politique tournent comme des poulets sans tête autour du déficit et de la dette, mais ne se demandent jamais d'où elle vient. La cause de ces deux problèmes est la même : une consommation excessive par rapport à la production, sous l'effet de deux forces opposées : du côté consommation, des politiques de concurrence et de libre-échange qui ont stimulé la consommation , et notamment celle des classes moyennes, qui arrive à des extrémités indécentes - et si vous me trouvez dur, pensez au marché du téléphone portable. D'un autre côté, une politique économique qui a favorisé une désindustrialisation accélérée et la délocalisation des investissements. Lorsque la production ne couvre pas la consommation, il se génère forcément une dette. Celle-ci est ensuite distribuée entre la dette publique et la dette privée : si l'Etat prélève les impôts nécessaires pour équilibrer ses finances, il réduira la dette publique et augmentera la dette privée. Si l'Etat choisit de préserver les finances des acteurs privés - vous et moi - alors c'est lui qui s'endettera. Appauvrir l'Etat pour enrichir les citoyens - enfin, certains citoyens, ceux des couches moyennes en particulier -, voilà la politique suivie par tous les gouvernements de droite comme de gauche depuis trente ans.
 
Il faut donc réduire la consommation et augmenter la production. Le premier terme de l'équation pose la question de la distribution de l'effort. La tentation du PS, au delà des beaux discours, sera certainement celle recommandée par Alphonse Allais : « il faut aller chercher l'argent là où il est, chez les pauvres ». L'alternative, qui est d'aller chercher l'argent chez les classes moyennes, est trop dangereuse électoralement. Quant aux « riches » diabolisés par le discours gauchiste, ils ont beaucoup d'argent, mais ils sont peu nombreux. On leur demandera un sacrifice pour des raisons symboliques, mais du point de vue économique leur contribution ne peut être que limitée.
 
Reste la question de la production. Dans le contexte de libre-échange qui est le nôtre, il n'y a pas beaucoup de solutions. On en arrivera toujours au même problème : produire en France implique de créer des conditions qui rendent les investissements industriels compétitifs par rapport à ce qui se fait en Chine, en Inde, en Corée ou en Roumanie. Et cela suppose nécessairement de baisser les coûts de main-d'oeuvre tels qu'ils sont vus côté employeur. Non pas au niveau des coûts salariaux chinois, indiens ou roumains, parce qu'il faut aussi prendre en compte la productivité du travailleur français et l'effet bénéfique de nos infrastructures, mais il faut gagner entre 10 et 20% si l'on veut avoir un chance de reconstruire un appareil industriel. Pour obtenir ce résultat, il n'y a pas dix façons de faire : il faut transférer une partie du coût de la main-d'œuvre ailleurs. Et cet « ailleurs » ne peut être que le consommateur. Sauf à sortir de la logique de libre-échange [c’est moi qui souligne], il n'y a pas d'autre solution qu'un transfert des coûts salariaux - par le biais d'une reprise des charges sociales, des cotisations retraite voire des aides salariales type RSA - vers la fiscalité de la consommation et du revenu [j’ajoute : autrement dit, la fiscalisation du financement de la sécurité sociale, via des hausses d’impôt et une « TVA sociale »]. Jean-Marc Ayrault semble avoir exclu cette hypothèse, et la gauche « traditionaliste » est contre. C'est très dommage. »
Après cette lecture édifiante, j’en profite aussi pour saluer tous mes compatriotes qui ne peuvent pas partir en vacances pour cause de récession planifiée (voir infra). Et pour passer un petit message au citoyen Copé. Il existe deux moyens de gagner en compétitivité : baisser les salaires, ou le pouvoir d’achat via le transfert évoqué ci-dessus par Descartes (i. e. « baisser le coût du travail » en novlangue ), ou fixer des tarifs douaniers à un niveau tel que la main-d’œuvre locale soit compétitive. Par exemple, rien ne nous empêche d’augmenter les tarifs douaniers sur les produits textiles en sorte qu’il devienne à nouveau rentable de produire des vêtements en France. Idem pour les ordinateurs individuels, etc. Et bien sûr, il y a aussi la dévaluation…

Pourquoi les maîtres délocalisent

Et je réitère cet avertissement que j’ai déjà lancé ici à plusieurs reprises : en adoptant leur stratégie de délocalisation de la production avec le fol et vain espoir d’échapper à la dialectique du maître et de l’esclave, les maîtres d’aujourd’hui créent une situation dans laquelle la dialectique en question se joue désormais à l’échelle des nations ; ils oublient qu’à la fin du processus, c’est toujours l’esclave qui gagne – et qui devient le maître. Citoyens qui vous accrochez à vos privilèges, vous serez balayés comme la noblesse a été balayée en 1789, comme la grande bourgeoisie l’a été en 1945. Fatalement. Mais là, avec vos conneries, on va tous être balayés avec vous. Vous refusez d’admettre que le travail est intrinsèquement plus fort le capital ; que si le capital a besoin du travail, l’inverse n’est pas vrai. Mais ce n’est pas parce que vous refusez d’admettre cette réalité que celle-ci s’évanouira. Ce déni ne vous mènera à rien, mais en attendant, votre attitude pourrait ruiner la France.

Je le répète, la délocalisation est une stratégie du capital pour échapper à une terrible réalité : structurellement, du simple point de vue de la logique, le vrai pouvoir appartient aux travailleurs, et non aux détenteurs de capitaux. Le capital est une simple convention contractuelle par laquelle on reconnaît à certains des droits de propriété privée sur les outils de production ; mais ces outils ne servent à rien sans les travailleurs qui seuls peuvent leur conférer une quelconque utilité. A la limite, le capital, c’est du vent. La véritable richesse, la seule richesse, c’est le travail.

Voilà donc pourquoi les détenteurs de capitaux délocalisent et maintiennent un taux de chômage élevé (et/ou une protection sociale faible avec un droit du travail peu contraignant, voir ces explications à propos du fameux NAIRU ). Le risque d’accélération de l’inflation, c’est surtout le risque d’érosion du capital et de sa rente.

Pourquoi les maîtres organisent la récession

Maintenant, tâchons de comprendre pourquoi, dans nos pays (encore) riches, les grands détenteurs de capitaux ont commencé à se méfier de la croissance économique dans les années soixante-dix, et fini par l’annihiler délibérément aujourd’hui – car il faut bien comprendre ceci : de même que le chômage de masse, la récession est une politique dé-li-bé-rée.

Au début de la révolution industrielle, même si la division du travail se développait à grande vitesse, même si l’organisation de l’économie se complexifiait déjà, l’industrie employait alors une forte proportion de main-d’œuvre peu qualifiée – c’était la grande époque du travail à la chaîne. En vertu du principe énoncé plus haut, des travailleurs peu qualifiés détiennent déjà le pouvoir ; mais pour imposer ce pouvoir, ils disposent encore de moyens limités. Etant peu qualifiés, ils sont facilement interchangeables. Peu formés, ils ne détiennent pas une science tellement indispensable à la production qu’ils puissent aisément prétendre à diriger celle-ci. Peu éduqués, ils manquent des outils indispensables pour faire valoir leurs prétentions sur les tribunes populaires ou institutionnelles, et n’ont pas forcément les notions politiques nécessaires pour voter selon leurs véritables intérêts – ce fut l’honneur des mouvements socialistes et communistes du début du XXè siècle que d’y remédier efficacement via l’éducation populaire. Pour s’imposer, des travailleurs peu qualifiés doivent en arriver à la grève générale, voire à la révolution. Ça peut marcher… mais cela n’arrive pas tous les jours.

Cependant, à mesure que les structures économiques se complexifiaient encore, à mesure que la technologie progressait, à mesure que des machines sophistiquées faisaient reculer progressivement le travail à la chaîne, l’industrie devait employer une proportion de plus en plus forte de main-d’œuvre plus qualifiée. De mieux en mieux formés, les travailleurs étaient de moins en moins interchangeables et finissaient par détenir une science qui échappait totalement aux détenteurs du capital, mais dont ceux-ci avaient pourtant un besoin vital ; à mesure que l’éducation se développait, les travailleurs plus ou moins qualifiés avaient une vision de plus en plus claire de leurs intérêts ; le temps de travail ayant nettement diminué, ils disposaient de plus de loisir pour imposer leur pouvoir dans le paysage politique, et dans les urnes. Alors, au bout d’un moment, le pouvoir de l’esclave s’instaurait de manière mécanique, implacable et irréversible. La propriété collective des grands moyens de production, la gratuité de vastes services publics, la fiscalité progressive et parfois « confiscatoire » s’imposait sans même qu’il y eût forcément besoin de grève générale ou de révolution, par le simple de jeu de la démocratie. C’est bien cela qui s’est produit pendant les « trente glorieuses ».

Mais il y avait pire : ce grand mouvement égalitariste impliquait un grand brassage social, avec des ascenseurs dans tous les sens (il y en a toujours quelques-uns qui descendent), et une tendance à la disparition des classes sociales. Les grands détenteurs de capitaux, désormais accablés d’impôts et pleurant la perte d’immense marchés devenus publics, voient des gueux qui viennent en vacances sur les mêmes plages qu’eux, qui vont chez le même dentiste pour se faire poser les mêmes prothèses et implants, et qui, à la fin, engrossent leurs filles. Horreur, des petits bâtards.

Dans les années soixante-dix, dans le monde anglo-saxon et en Europe, il y eut ce moment où les maîtres ont compris que s’ils voulaient préserver leur mode de vie distinct de celui de la piétaille, échapper à ce métissage social qui leur faisait si peur, en bref, s’ils voulaient rester les maîtres, alors il leur faudrait urgemment stopper la croissance économique, et le progrès technologique indispensable à celle-ci. Ils avaient compris que le progrès porte les nationalisations, l'Etat-providence, l'égalitarisme, comme la nuée porte l'orage. J’en ai longuement parlé dans ce billet intitulé Ode à Prométhée . Alors, les vols habités de la NASA à destination de la Lune ont cessé. Bientôt, les Etats-Unis ont mis leur programme nucléaire en veilleuse. On a commencé à parler de sauver-la-planète®, et bientôt le thème du réchauffement-climatique® s’est imposé partout avec ses appels lancinants à la contrition perpétuelle et ses accents religieux archaïques (3) . Dans le même temps, la dérégulation fiscale, sociale et financière a permis aux maîtres de continuer malgré tout à augmenter leur niveau de revenu et de capital, en valeur nominale, et surtout d’augmenter à nouveau leur niveau de revenu et de capital en valeur relative (ce qui était le but essentiel), selon une méthode fondée sur le pillage désormais totalement décomplexé de l’économie réelle.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel.
Il y avait donc deux moyens complémentaires, pour les maîtres, d’échapper à la dialectique hegelienne : stopper la croissance, et délocaliser le travail. Les deux ont été mis en œuvre (deux précautions valent mieux qu’une), ce qui supposait de saboter légèrement le système éducatif (sauf bien sûr pour les enfants des maîtres), troisième précaution, et aussi de piétiner légèrement la démocratie - ça, ce n’est pas une précaution, c’était disons une nécessité technique : comme disait Kissinger à propos du Chili socialiste, « on ne peut pas laisser un pays devenir marxiste sous prétexte que sa population est irresponsable ». Marxiste, ou même gaulliste, ou simplement kéneysien…

Pourquoi les sociaux-traîtres trahissent

En fait, il ne s’agit pas seulement des sociaux-traîtres, mais aussi des gaullo-traîtres, vous voyez bien de qui je veux parler, il s’agit de l’UMPS - j’ai vu récemment sur Twitter que Gérard Filoche considérait comme « facho » tout citoyen qui use du terme « UMPS » ; à la réflexion, ça me plaît bien d’être pris pour un facho par un social-traître.

Alors, pourquoi nos « représentants » sont-ils devenus les représentants des maîtres, pourquoi ont-ils ainsi trahi leurs idées, leur électeurs, leur pays et l’intérêt général ? Tous pourris ? Tous, non. La plupart, oui. Mais je ne crois pas du tout qu’ils soient « pourris » dans le sens où ils auraient enfreint directement les lois de la République (à quelques exceptions près). Donc je ne dis surtout pas qu’il faudrait tous les embastiller.

Je crois que la plupart de nos dirigeants sont corrompus, non pas au sens où ils palperaient des enveloppes (à quelques exceptions près toujours), mais au sens où ils ne savent pas résister à la tentation du pantouflage, rétro-pantouflage, re-pantouflage etc. C’est d’ailleurs pourquoi il me paraît assez inopportun de fustiger sans cesse les avantages (retraites et autres…) et rémunérations liés à leurs fonctions. Il est important que nos représentants se sentent à l’abri du besoin matériel. Mais apparemment, ça ne suffit pas… Sachant qu’ils peuvent compter sur de confortables pantoufles à condition de ne rien faire, dans l’exercice de leurs fonctions, qui puisse désespérer la villa Montmorency, ces tristes sires se tiennent à carreau et développent trop souvent une vision délirante de l’intérêt général, de la loyauté politique et de la droiture intellectuelle.


(1) A entendre certains, cette tradition serait digne seulement d’une république bananière ou d’une dictature genre Corée du Nord. De mon côté, je n’ai pas tellement de goût pour cette cérémonie, que je ne considère pas comme indispensable à la cohésion nationale. Et je ne verrais pas d’inconvénient à sa suppression (faut voir aussi que c'est une sorte de show-room géant pour notre industrie d'armement, mais a-t-on vraiment besoin de ça ?). La cohésion nationale, cela consiste plutôt à garantir que tous les citoyens souhaitant travailler à plein temps puissent le faire, et qu’il soit possible de louer un petit trois-pièces avec le salaire minimum. Quant à nos forces armées, le problème serait surtout de leur allouer davantage de moyens, à moins que les Etats-Unis en gendarme du monde, ça vous plaise (moi j’adore pas). J’observe aussi que la citoyenne Duflot a été bien sage hier matin, juste derrière le président. C’est fou comme un gros morceau de fromage adoucit les mœurs.

(2) Un blog décidément génial, je recommande aussi le tout dernier texte   de cet auteur un peu réac (sur les questions « sociétales »), mais brillant - sorte de Zemmour de gauche, si vous voulez, mais en bien plus talentueux.

(3) Dans le dernier numéro de Science & Vie, un très bon article de Vincent Nouyrigat est consacré aux ressources pétrolières de l’Ile-de-France et du sud-est. Je suis effaré de constater que des militants fanatiques ne cessent de honnir la fracturation hydraulique et le pétrole en général, tandis que personne ne s’inquiète du fait que c’est une compagnie texane (Toreador) qui est en pointe pour la prospection en France. La plupart de ces militants seraient bien marris si on leur confisquait leur bagnole. Il faut être clair : si ce pétrole doit être exploité, il doit l’être par une compagnie française (Total), et en aucun cas par des compagnies étrangères. Idem pour Shell au large de la Guyane. Ou alors, on n’aura plus qu’à faire appel à la citoyenne Joly pour qu’elle nous aide à négocier nos contrats (voir ce billet   et sa note 3 ) ; la France en sera ainsi réduite au statut de pays sous-développé. Génial. Mais ça, tout le monde s’en fout.

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