Vous ne connaissez pas le programme de Hollande ? Rassurez-vous, lui non plus - par Pablito Waal

  • Par arsin
  • Le 29/04/2012
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Par Pablito Waal


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Désolé de vous réimposer un sujet sur la présidentielle, mais, à ce qu’il paraît, ce n’est pas encore terminé,  bien que Sarkozy fasse tout pour se condamner.

 

Comme promis en d’autres et glorieux temps, parlons un peu du programme de François Hollande.

 

 

Il y a bien des propositions sympathiques du candidat, sur le soutien aux PME, le relèvement du plafond du livret développement durable, le remboursement des subventions par les entreprises qui délocalisent…D’autres relèvent de raisonnements incongrus, comme le fait de taxer les bénéfices des entreprises réinvestis différemment de ceux distribués aux actionnaires, qui seraient plus lourdement sanctionnés. Cette mesure, qui semble susciter l’approbation au sein de la gauche « sérieuse », repose sur un oubli simple : si les actionnaires investissent, c’est pour retirer des dividendes à terme. Les investissements servent même précisément à cela. Il est donc absurde d’approuver le moyen tout en condamnant le but. Il faut donc prendre le problème à la base : soit on accepte le principe de base du capitalisme, à savoir que les propriétaires du capital cherchent du profit. Soit on le refuse, et dans ce cas on défend un autre système (les entreprises appartiennent à l’Etat, ou alors on finance l’acquisition des entreprises par les salariés, qui deviennent les actionnaires – et là, subitement, plus personne ne critiquera les dividendes, allez savoir pourquoi).

 

Mais de toute façon, soutenir des entreprises par la subvention, le crédit, par la modulation des taxes, ou, sur d’autres points, financer des logements, 60.000 postes de professeurs (qui parait-il seront compensés par autant de non-remplacements de départs en retraite), tout cela nous ramène à deux questions : la disponibilité du crédit sera-t-elle suffisante ? Ce qui nous renvoie à la BCE. Et, au niveau franco-français : ces modulations fiscales, sur les entreprises, les placements des particuliers, ou le remboursement d’intérêts, quel poids cela aura-t-il sur notre perforé budget public ?

 

Vous vous en douterez, la question qui fâche, ce sera celle de l’équilibre budgétaire sur lequel le candidat favori s’est engagé.

 

Le plan « hollandais » destiné à ramener nos carences budgétaires au-dessous du niveau de la mer a été présenté il y a quelques mois, et consisterait à supprimer des niches fiscales et des exonérations d’impôts à hauteur de 29 milliards d’euros annuels (9ème des 60 engagements du candidat), ce qui permettrait de financer 20 milliards de nouvelles dépenses…soit 9 milliards d’euros de déficit en moins. Le problème, c’est que le déficit, lui, il plane à 100 milliards. Je veux bien que la notion d’équilibre budgétaire ne signifie pas une exactitude fanatique, mais là, on en est loin.

 

Posons d’abord quelques chiffres :

 

PIB de la France en 2011 : 2000 milliards d’euros (pour simplifier)

Part des dépenses publiques : 56% (soit 1120 milliards d’euros)

Part des recettes publiques : 51% (soit 1020 milliards d’euros)

Déficit : 5% (100 milliards).

 

Il s’agirait donc, selon le programme du PS, de faire passer au même montant en 2017 recettes et dépenses, sans faire baisser dans l’absolu les secondes (en les augmentant, même), et en accroissant les premières de 29 milliards d’euros (au moins, comme nous le verrons).

 

 

 

Par souci de sérieux (mais pas de pédagogie), comme vous pouvez le voir, le PS a également donné le chiffrage de son programme (catégorie « chiffres » de cette page).

 

On peut déjà se poser quelques questions : alors que la courbe des prélèvements obligatoires ne croise jamais celle des dépenses publiques (3ème graphique), comment fait-on pour arriver à l’équilibre budgétaire ? On voit ici le défaut de pédagogie de ce chiffrage, et que ses rédacteurs se sont basés sur l’idée que les lecteurs s’en laisseraient compter par quelques chiffres.

 

Alors, d’où elle vient, cette différence ? Et bien c’est simple : il y a des recettes publiques qui ne font pas partie des prélèvements obligatoires. Ce sont par exemple les amendes, ou les prix d’entrée des établissements publics (cantines ou musées, par exemple), ou encore les dividendes des entreprises publiques. Cette dernière ressource étant incertaine, c’est plutôt sur les autres frais exigés des particuliers qu’il va falloir prévoir une hausse…Car hausse il y aura.

 

Faisons une petite simulation, en raisonnant à euros constants (inflation nulle), et en reprenant les chiffres du PS (en gras) :

 Les montants, hors pourcentages, sont en milliards d'euros.

 

2012

2013

2014

2015

2016

2017

PIB

2000

2034

2075

2127

2180

2234

Croissance

1,70%

2,00%

2,50%

2,50%

2,50%

Taux de dépenses publiques

56,5%

56,3%

55,8%

55,3%

54,6%

53,9%

Dépenses publiques

1130

1145

1158

1176

1190

1204

Taux des recettes publiques

51,0%

51,6%

52,2%

52,7%

53,3%

53,9%

Taux de prélèvements obligatoires

45,1%

46,5%

46,6%

46,8%

46,8%

46,9%

Recettes publiques

1020

1049

1082

1122

1162

1204

Déficit

110

96

76

54

28

0

Source : programmes en 60 engagements de François Hollande

 

Le bilan est simple : on va vous faire raquer, puisqu’il s’agit essentiellement de faire progresser les recettes publiques (de 1020 à 1204 Mds d’euros, et non les 29 Mds annoncés), plutôt que de limiter les dépenses (qui passent de 1130 à 1204 Mds, donc plus que les 20 Mds annoncés). Les prélèvements obligatoires passant de 45.1 à 46.9%, les recettes "non  obligatoires" du secteur public doivent donc croître de 1.1 point du PIB pour que l’on passe de 51 à 53.9% du PIB en recettes publiques.

 

Arrêtons-nous sur les dépenses. Si l’on enlève les 20 milliards de nouvelles dépenses créées (aides à l’industrie, aux PME, « contrats de génération », emplois dans l’Education Nationale, réforme des retraites), il ne reste plus, sur cinq ans, qu’une progression de 54 milliards d’euros. Soit 11 milliards de progression annuelle. Ou 1% de dépenses publiques en plus par an, même en ne décidant rien de neuf. Or, selon la sénatrice (PS !) Nicole Bricq, la croissance « spontanée » des dépenses publiques (celle qui s’obtient sans mesure nouvelle, simplement par mise à jour des prestations sociales, des salaires, etc…) est de 2% par an (ce qui ne poserait aucun problème si on avait 2% de croissance du PIB, ce qui n’est pas le cas en ce moment et pas gagné pour la suite).

 

En faisant le calcul d’une telle croissance « spontanée », de 2% par an, en se laissant porter par le courant, on arriverait, en 2017, à 1214 Mds d’euros de dépenses. Soit déjà 10 de plus qu’annoncés par l’équipe de Hollande, et ce sans avoir pris en compte ses nouvelles mesures devant coûter 20 Mds d’euros !

 

Qu’en déduisez-vous ?

 

10+20, ça fait combien ?

 

Bravo, vous l’avez deviné, pour que le gouvernement PS puisse tenir sa feuille de route, il faudra qu’il lance une compression de la croissance des dépenses publiques, de l’ordre de 30 Mds d’euros d’ici à 2017. C’est-à-dire une série de réévaluations des budgets sur lesquelles il faudra s’asseoir.

 

Ou alors, ce seront des prélèvements supplémentaires : dans les « recettes nouvelles » présentées en bas de la page de chiffrage du PS, plusieurs « ressources » sont en fait des « non-dépenses »  (déductibilité des intérêts d’emprunts, « maitrise des effectifs de l’Etat » - ce qui passe mieux que « non remplacements de fonctionnaires », etc…). Donc, pour faire monter de 51 à 53.9% du PIB les recettes publiques (+184 Mds d’euros d’ici 2017), attendez-vous à des innovations fiscales… (puisque sur ce terrain, la France, à défaut de pétrole, ne manque vraiment pas d’idées).

 

Et ça, ce n’est pas annoncé. François Hollande en a-t-il conscience lui-même … ?

 

Ne s’en fout-il pas complètement ?

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