Droit de vote des étrangers : pourquoi maintenant ? - par Yohann Duval

Par Yohann Duval, sur son blog

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Nous accueillons le blog de Yohann Duval parmi les blogs diffusés par l'ARSIN.

Le débat sur la nécessité d'accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales a trouvé un certain écho médiatique ces derniers jours. Malheureusement, ce n'est pas tant la volonté de débattre qui anime les protagonistes de cet affrontement que la volonté de cliver à l'approche des présidentielles...

 

 

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Martine Aubry l'avait annoncé au moment où le Sénat venait de basculer à gauche : avant toute chose, cette victoire devait permettre à la nouvelle majorité sénatoriale de mettre en œuvre une réforme absolument prioritaire en cette période de crise de la monnaie unique et de crise financière. À savoir : accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales.

 

Oui, vous avez bien lu : rien n'était plus urgent pour une partie de la gauche que d'entamer le débat sur un sujet sensible qui nécessite assurément, pour être mené de manière raisonnable et raisonnée, un climat plus sain que celui qui règne lorsque la course à la démagogie, qui s'engage avant chaque échéance électorale, est lancée. Ce simili-débat a d'autant moins de sens que la mesure n'a aucune chance d'être adoptée dans l'immédiat.

 

Au menu de "Ce soir ou jamais" du 29 Novembre figurait une séquence sur ce sujet. Une vidéo très intéressante tant elle est représentative de l'inanité de la question dans le contexte actuel et de l'hystérie régnant en permanence autour des questions relatives aux étrangers ou à l'immigration (de 1:03:50 à 1:26:00).

 

Pour une large partie de la gauche et du centre, s'opposer à cette réforme, c'est en effet rejeter la "générosité" et ne pas réserver un "bon accueil" aux nouveaux venus. On retrouve là l'éternelle bien-pensance naïve d'une certaine gauche à la recherche d'un peuple de substitution. L'avalanche de bons sentiments touche même Jean-Louis Borloo qui y voit la possibilité de montrer un signe de "tendresse" et "d'affection".

 

L'argument de "l'étranger qui vit depuis 20 ans dans une petite ville" peut sembler pertinent, mais dans un état qui ne se montre pas spécialement frileux au niveau de la naturalisation (on en compte plus de 80.000 par an), la véritable question qui se pose est : "Pourquoi quelqu'un qui vit depuis 20 ans en France ne souhaite pas devenir français ?". Il s'agit en effet d'une option plus souhaitable qu'un "saucissonnage de la citoyenneté", traditionnellement liée dans notre pays à la nationalité. La naturalisation offre, à ceux qui le souhaitent, l'exercice complet de la citoyenneté française, et non un ersatz limité à quelques scrutins.

 

Les autres arguments sont en revanche nettement moins bons.


"Je paie des impôts, donc je dois avoir le droit de voter"

 

Il s'agit d'une vision censitaire du vote, qui impliquerait que ceux qui ne paient pas d'impôt pourraient être privés de ce droit. Absurde.


"Les ressortissants de l'Union Européenne peuvent voter aux élections locales alors qu'ils ne sont pas français, pourquoi pas les autres ?"

 

Cette disposition du traité de Maastricht n'avait qu'une portée idéologique. L'objectif était de créer ex nihilo une "citoyenneté européenne" qui n'a eu, dans les faits, aucune réalité. Faut-il prendre pour prétexte qu'une erreur a été commise pour en commettre d'autres ?


"Pouvoir voter, c'est être mieux intégré"

 

Rester étranger et refuser l'accès à la nationalité française serait donc le gage d'une meilleure intégration ? La logique semble pour le moins curieuse.

 

Face à une forte opposition, avant de partir dans ses délires de burqa, Laurent Wauquiez a tenu un discours de bon sens, en se réclamant des principes républicains pour combattre cette idée. Cependant, ses beaux discours ne trompent personne : il ne s'agit que d'une posture artificielle. Il suffit en effet de se souvenir que Nicolas Sarkozy, que Laurent Wauquiez soutient assurément, s'était prononcé en 2001 dans son livre "Libre" puis en 2005 dans Le Monde en faveur de cette évolution. Par ailleurs, que dire des convictions républicaines du président au vu de ses nombreux encouragements au développement des communautarismes ?

 

La proximité de l'élection présidentielle explique-t-elle le revirement de Nicolas Sarkozy sur ce sujet ? Évidemment. Le déferlement de propos démagogiques en provenance du Parti Socialiste peut-il seulement s'expliquer par une bien-pensance poussée à son paroxysme, stérilisant toute tentative de débat ? Bien sûr que non.

 

L'antagonisme né ces jours-ci est entretenu artificiellement. Il n'a qu'un seul objectif : réanimer un clivage gauche-droite devenu moribond, le programme des deux "principaux candidats" se résumant à envisager une austérité de gauche ou une austérité de droite, dans l'objectif de sauver les dogmes du libre-échange et d'une monnaie unique au bord de l'effondrement.

 

Il serait vain d'épiloguer sur cette manœuvre électorale.

 

Pour terminer et pour remettre en perspective les enjeux de ce débat passionné, je pense qu'il est bon de citer les propos d'Emmanuel Todd, tenus au cours de l'émission citée plus haut.

 

 

"On ne se rend pas compte que le débat est un peu dépassé. Parce que la posture républicaine, c'est se mettre dans une situation où on continue de faire comme si le droit de vote des citoyens français était très important. Mais la réalité de l'Europe qui se fabrique, c'est que les citoyens français sont dépossédés de leur droit de vote ! L'enseignement du référendum de 2005, auquel les gens ont voté non à 55%, c'est qu'on s'est assis dessus avec le traité de Lisbonne. Ce qui se passe en Grèce et ailleurs, c'est la mise sous tutelle du droit de vote et des institutions nationales. Je pense qu'on a un petit train de retard, là. La posture républicaine de Wauquiez est soit naïve, soit hypocrite, parce que le programme de soumission à l'Allemagne, à la Banque Centrale Européenne, c'est la suppression du droit de vote de tous les citoyens français !"

 

 

 

 

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