La désintégration des nations dans la construction européenne - 2de partie - par Voltaire République

 

Par Voltaire République, sur leur blog

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Comme suite logique du travail de Voltaire République, après le programme du Conseil National de la Résistance qui vous a été présenté en trois parties, nous vous proposons une réflexion sur la désintégration des Etats nations dans la construction européenne. Cette réflexion vous est  proposée en 2 parties.
Le citoyen Geoffrey Livolsi,  de Voltaire République, en est le responsable.


La désintégration
des Nations
dans la construction européenne

Seconde partie: La recomposition de l’espace européen

« Cela n’a pas le panache d’une union conquise sabre au clair. Cela ne galvanise pas les foules atteintes de myopie » Guy Hennebelle.

Le processus de construction/déconstruction européen qui semble se poursuivre plutôt paisiblement quand on le compare aux grands basculements que connut l’Europe ne doit pas nous détourner de ce qu’à terme il représentera : C’est-à-dire un des plus grands bouleversements qu’aura connu le territoire européen. En effet, une ère semble s’achever ; celle de l’Etat-nation. Mais celle qui s’ouvre semble des plus incertaines et donc des plus risquées. Nous l’avons dit, aucune structure politique viable et bénéficiant d’une légitimité démocratique réelle, paraît prête à se substituer à celui-ci. Dans ce cas là, les grandes gagnantes de la disparition de l’Etat-nation seraient les régions qui, pour les plus riches d’entres-elles, prendront leur autonomie de l’Etat central avec le soutien indirect de l’Europe qui leur fournirait les outils. Si dans leurs écrits, les postnationalistes ne jurent que par l’universalisme, ils ouvrent avec le régionalisme une boite de Pandore en facilitant la naissance de micronationalismes.

 Le processus de régionalisation en Europe

L’Etat se vide par le bas : les régions contre la Nation unifiée et centralisatrice Corse, Catalogne, Flandre, Pays-Basque, Ecosse…

L’autre assaut contre les prérogatives de l’Etat en plus de la mondialisation, ce sont les revendications des Régions qui souhaitent toujours plus d’autonomie, au nom d’une proximité avec la population qui permettrait aux pouvoirs locaux d’être mieux au fait des problèmes et d’apporter des solutions particulières.
    
·    Le cas de l’Espagne

Bien que la stabilisation de ces frontières extérieures soit venue très tôt, l’Espagne a toujours eu un équilibre interne plus instable. C’est sûrement l’un des pays les plus décentralisés d’Europe. La Constitution de 1978  permet aux provinces ayant des caractéristiques historiques, culturelles et économiques de se constituer en communautés autonomes possédant leur propre parlement et gouvernement. En 1998, l’Espagne se divisait en 17 communautés autonomes dont les plus aboutie sont le Pays basque, la Catalogne et la Galice. Ce sentiment de particularisme peut vite déboucher sur un séparatisme d’autant que l’élite politique locale est toujours encline à obtenir plus de pouvoir. Les partis nationalistes espagnols, le 16 janvier 1998, publièrent une déclaration commune dans laquelle ils décrirent leur conception de l’Union européenne : « Qui doit éviter l’uniformisme et l’imposition en cherchant et en garantissant la libre adhésion des entités nationales et des peuples d’Europe et en incorporant l’application du droit à l’autodétermination des peuples européens ». Le 15 octobre 2007, les Catalans ont approuvé par 73,9% le nouveau statut de la Catalogne mais avec un taux de participation relativement faible par rapport à l’enjeu de la question ; ce qui montre bien le fait que cette marche vers l’autonomie provient de la volonté des dirigeants politiques locaux. Le nouveau statut reconnaît la Catalogne comme nation. Même si cette notion n’a pas de valeur juridique, le statut permet à la Catalogne de garder 50% de l’impôt sur le revenu, 50% de la TVA et 58% des taxes sur l’alcool, le tabac et les carburants. Il étend ses compétences dans le domaine de l’éducation, de la justice, de l’immigration et les droits de la région dans les relations internationales. De plus, la Catalogne dispose de symboles typiquement nationaux comme un drapeau, un hymne et une fête nationale. L’Andalousie a également pris une autonomie plus large au mois de février 2007. Le référendum sur le nouveau statut a été approuvé à 87,45%, mais le taux d’abstention a atteint 63,72%, montrant une deuxième fois et plus clairement que cette autonomie régionale ne vient pas d’une véritable volonté populaire. Le Pays basque est la région où les revendications sont passées de l’autonomisme à l’indépendance, et elles ont même pris un caractère terroriste avec l’ETA. Le processus autonomiste espagnol conduit à une surenchère permanente entre les communautés qui refusent d’être reléguées en région de seconde classe par rapport aux autres.

·    La Belgique au bord de l’implosion

La crise que connaît depuis des mois la Belgique marque bien l’avancée du régionalisme et ses dérives en Europe. Il serait trop long de s’attarder sur les raisons historiques de la crise, mais sur les caractéristiques de celles-ci. Ainsi, c’est surtout la partie flamande qui revendique son indépendance et la disparition de l’Etat belge. La Flandre est aujourd’hui la plus prospère des régions belges et les indépendantistes expliquent clairement leur opposition aux mécanismes de redistribution. On peut parler d’égoïsmes régionaux, ce qui nous permet de dire que d’une façon générale les régions revendiquant une plus grande autonomie sont souvent les plus riches. La langue joue également un facteur important dans la recomposition de l’espace, notamment avec la frontière linguistique. Le 1er juin 2007, sur l’initiative du Vlams Belang, une résolution « relative au démembrement de l’Etat belge en vue d’accorder l’indépendance au peuple flamand et au peuple wallon souverain » a été adoptée à l’unanimité de tous les partis néerlandophones. Il y a eu donc pour la première fois, une opposition frontale entre les partis politiques de langues différentes, ce qui marque un phénomène d’ethnicisation de la région sur lequel nous reviendrons. Pour Jean-Yves Camus, chercheur à l’Institut des Relations Internationales, « La Belgique est virtuellement morte, en tant qu’Etat unitaire. Les communautés ne partagent presque plus rien ».  Ce qui étonne, c’est le silence des institutions européennes, alors que la ville de Bruxelles directement concernée par la crise est la capitale européenne. Ce désintérêt face à la crise, la plus profonde d’un Etat nation au sein de l’Union européenne, ne semble pas inquiéter les autres Nations alors qu’elle annonce un prélude au séparatisme.

·    L’Ecosse

Présenter le Royaume-Uni comme un Etat unitaire est une fiction répandue dans nos manuels scolaires. bien sûr le rôle central du parlement de Westminster ne peut être nié mais, des régions comme l’Ecosse ne sont membres du Royaume-Uni que depuis 300 ans. Avec l’arrivée du Parti travailliste à la tête de l’Etat en 1997, un vaste programme de réformes institutionnelles va être mis en œuvre. Ainsi en avril 1998, les accords de Belfast proposent l’institution d’une assemblée pleinement responsable des affaires économiques et sociales et, en mai 1999, une Assemblée nationale est instituée pour le Pays de Galles. Enfin, un Parlement écossais est élu en 1999. Il désigne un premier ministre qui forme ensuite un gouvernement. Le parlement a compétence dans tous les domaines intérieurs à l’exception de la sécurité sociale. Malgré cette politique de dévolution le parti nationaliste, Scottish National Party (SNP), a connu une montée en puissance jusqu’à cette année. Le 3 mai 2007 fut une journée historique pour le Royaume Uni avec la victoire des indépendantistes écossais lors des élections législatives Ils avaient basé leur campagne sur l’organisation d’un référendum pour l’indépendance. Dans un récent article du Guardian, le journaliste Stephen Moss envisage les conflits à venir avec l’Ecosse si celle-ci devenait indépendante : « Le Royaume-Uni a de quoi s'inquiéter car l'Ecosse possède 90 % du pétrole. C'est également là que se trouve la base de sous-marins britanniques nucléaires de classe Trident. Vu que le dirigeant du SNP est favorable à une Ecosse dénucléarisée, il est probable qu'il rendra les sous-marins plutôt que de les saborder. Par contre, le pétrole peut devenir un sujet explosif dans un monde qui voit cette ressource diminuer. Et après tout, il est possible qu'on conseille à Salmond de garder les sous-marins nucléaires. Une Ecosse indépendante rejoindrait-elle l'OTAN ? Rien n’est moins sûr. (...) M. Salmond ferait bien de se demander comment défendre son nouvel Etat indépendant d'un voisin du Sud appauvri et privé de ressources mais puissant militairement. Faire confiance à l'ONU peut ne pas être suffisant. Le Royaume-Uni garderait son siège à l'ONU. Et l'Ecosse ressemblerait à une Slovaquie en kilt." »

Les revendications régionalistes et les séparatismes qui en découlent semblent en passe de s’accélérer en Europe. La France connaît également des revendications notamment dans ses territoires d’Outre-mer, mais aussi en Corse, en Bretagne et en Alsace. Même si la France reste une république une et indivisible, et qu’il conserve encore la majorité de ces prérogatives, les lois de décentralisations et la réforme constitutionnelle de 2003 faisant de la France, une République décentralisée sont un premier pas vers une autonomie régionale renforcée. En Italie, les revendications sont également présentes notamment dans le nord du pays, où la Ligue du Nord a inventé de toute pièce un référent identitaire, la Padanie, pour asseoir sa revendication autonomiste. Les replis et séparatismes régionaux sont donc souvent dus à des égoïsmes de prospérité ; les régions riches ne veulent plus payer pour les régions pauvres.

Ce qui est intéressant, est que la majorité de ces mouvements régionalistes s’affirment ouvertement pro-européens tout en développant une vision de l’ethnie et de la langue qui pousse à l’enferment. C’est une seconde contradiction dans ce processus de construction/déconstruction européen. Si les problèmes régionalistes se concentrent actuellement sur l’Europe de l’ouest, les nouveaux pays entrant connaissent déjà des problèmes de séparatisme et il sera intéressant de suivre cette évolution au fur et à mesure de leur intégration économique. L’indépendance du Monténégro en mai 2006 et le Kosovo qui risque de déclarer unilatéralement son indépendance, représentent des enjeux importants pour la stabilité du continent européen. En effet, une indépendance unilatérale avaliserait l’idée qu’une région peut faire scission sur des bases purement ethnolinguistique. L’Europe balkanisée est-elle notre avenir ? Cette recomposition de l’espace européen, n’engendrera-t-elle pas à terme une guerre de sécession européenne ?

Le droit des minorités à l’origine
de la recomposition géopolitique de l’Europe

L’un des fondements de la justification des revendications autonomistes et indépendantistes est le droit qui a été sacralisé après la seconde guerre mondiale, c’est-à-dire le droit des peuples à l’autodétermination. Le Congrès de Vienne de 1815 est le premier à introduire le droit des minorités au sein des Etat-nations. Les Polonais qui, avec la disparition de la Pologne partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche, se voient reconnaître le droit à une forme d’institution spécifique et de représentation au sein de ces Etats. La Société des Nations instituée par le Traité de Versailles, crée en 1919 une « Commission des nouveaux Etats et de la protection des minorités ».  

Il faudra attendre le lendemain de la seconde guerre mondiale pour que ce forgent une véritable protection des minorités et un droit à l’autodétermination des peuples. Pour ce dernier, l’ONU avait fait du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes un principe de la décolonisation. Ce fut un instrument nécessaire et qui fonctionna parfaitement. Mais cette période est révolue, et ce droit est devenu un prétexte pour légitimer les revendications séparatistes de faux états, de seigneuries.

Au niveau de la politique de protection des minorités, l’Allemagne va se révéler être à l’avant-garde du combat pour la défense des droits des minorités allemandes. Elle va être sur l’initiative de la création de nombreux organismes de protection et de promotion des minorités ethniques. Ainsi en 1949, l’Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes est créée. Son objectif est de favoriser la création d’un cadre juridique protégeant toutes les minorités en Europe. Le Centre européen pour les questions des minorités (dont le sigle en anglais est ECMI), est créé en 1994 sur initiative du Ministère de l’Intérieur allemand. Il a pour objectif de favoriser les rencontres et les discussions entre groupes ethniques minés par des rivalités, afin de jouer un rôle de médiateur. Un institut international pour le droit des groupes ethniques et le régionalisme, INTEREG, est créé en 1977. L’un des textes fondamentaux est « Quand l’Etat était un criminel ». L’objectif de l’association est d’apporter une alternative contre un agresseur qui a trop souvent échappé à la justice en se dissimulant derrière sa souveraineté. D’autres organismes promouvant le régionalisme et le concept ethnique existent, mais nous ne pouvons tous les traiter. Au niveau politique, un des partis qui milite le plus pour une Europe Fédérale des Régions à base ethnique, est l’Alliance Libre Européenne, ALE qui s’est alliée aux Verts européens. Ce que l’on remarque, et nous reviendrons dessus, c’est la prédominance des allemands directement ou indirectement et le fait que ces organismes s’inspirent du concept allemand de la Nation ethnique.

Au niveau de la construction européenne, nous pouvons distinguer essentiellement 4 instituts qui agissent pour une Europe des Régions : l’Association des Régions frontalières européennes (ARFE), l’Assemblée des Régions, le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux de l’Europe (CPLRE), et enfin le Comité des Régions.


L’Union fédéraliste des communautés ethniques
européennes et ses appendices

L’ancêtre de l’UFCE, le Congrès européen des Nationalités, rassemblait entre 1925 et 1938 des groupes ethniques européens dans le cadre d’un congrès annuel et avait alimenté les querelles identitaires. C’est en avril 1949, sur l’initiative de l’Union fédéraliste de Bretagne qu’un Congrès réunissant des groupes ethniques est réalisé à Paris. Le premier secrétaire générale de l’association fut Joseph Matray, ancien collaborationniste pendant l’occupation nazie. Pour bien marquer la continuité idéologique avec le Congrès des Nationalités, la revue « Europa Ethnica », reprend la numérotation de l’ancienne revue « Nation und Staat » d’inspiration nazie. Aujourd’hui l’UFCE revendique 100 associations membres issues de 28 états, et a réussi à obtenir un statut consultatif aux Nations Unies et au Conseil de l’Europe. En 1999, l’UFCE sera sur l’initiative de la création d’un Comité d’experts du Conseil de l’Europe sur la question des minorités. L’UFCE bénéficie notamment du soutien du Land de Carinthie (Autriche), de l’Union des Allemands du Schleswig du Nord (Danemark), de province autonome du Tyrol du sud et République fédérale d'Allemagne. On remarque la prédominance des minorités germaniques dans le financement de l’organisme. L’UFCE bénéficie également du soutien de la fondation Hermann Niermann qui finance une multitude de projets dans les territoires où résident des minorités allemandes. Dans les années 1990, cette fondation fit l’objet d’un rapport de la commission d’enquête du parlement d’Eupen, qui prouva que la fondation avait mené une politique d’influence auprès de la communauté germanophone de Belgique, de manière systématique et avec d’important moyen financier. Cette politique avait pour objectif de promouvoir l’identité allemande en Belgique germanophone. Le président de la Fondation était à l’époque un haut fonctionnaire du Ministère de l’intérieur allemand.

En 1998, l’Assemblée de l’UFCE demande dans une de ses résolutions sur le Kosovo : « Que les troupes de l’OTAN viennent immédiatement stationner au Kosovo afin de garantir que la terreur et les violentes atteintes commises en violation des droits de l’Homme à l’égard des albanais ne se renouvellent pas ». Pour l’UFCE, la réussite du processus de régionalisation entrepris en Ex-Yougoslavie sera une expérience privilégiée qui sera un premier pas vers une Europe Fédérale des Régions.

En 1996, ce dispositif a été renforcé par la création du Centre européen pour les minorités (ECMI) par les gouvernements allemand et danois. De 1996 à 2000, son directeur était Stefan Troebst, un brillant professeur de l’École de guerre de la Bundeswehr, spécialiste du fascisme dans les Balkan. Cette personnalité controversée avait accompagné le président allemand Roman Herzog lors de ses voyages officiels dans les Balkan. Prononçant un discours à Skopje en 1996, Roman Herzog avait brutalement présenté Stefan Troebst comme le continuateur de l’œuvre de Gustav Weigand, dont les travaux ethnologiques avaient servi de base aux nazis pour dépecer les Balkans. La Grèce, inquiète de voir un tel personnage s’ingérer dans les affaires des Balkans, demanda et obtint son départ.
Mais nous retrouvons, Stefan Troebst en 1998 lors de la tenue d’un colloque sur l’autonomie de la Corse organisé par l’ECMI en Finlande. Ce qui revient donc à travers ces organismes censés promouvoir le régionalisme ou défendre les minorités, c’est la dominante de la composante allemande. Le parti Alliance Libre, plus proche de l’extrême gauche, ne renie pas cette conception ethnique de la construction européenne et la carte qu’elle édite (voir annexe) dessine la carte de l’Europe Ethnoculturel. Bernard Poignant fervent promoteur d’une Europe Fédérale des Régions revenu effrayé du dernier forum de Corte en Corse déclarait ceci: « Je suis revenu tétanisé par ce que j’ai entendu et à la vue du terrible engrenage qui conduit de l’identité locale à la communauté ethnique, de la légitimité ethnique à la légitimité de la violence contre les institutions démocratiques». Ces organisations semblent donc, et sans exagération, être les héritières du pangermanisme. On comprend à travers leurs actions qu’une Europe régionalisée ne pourrait que servir les intérêts d’une réunification du peuple allemand. Une Europe fédérale des régions ethniques au regard des cartes profiterait avant tout à l’Allemagne, celle-ci étant ethniquement homogène.

L’ethnorégionalisme dans les textes
une réalité bien concrète

Plusieurs documents et textes européens viennent appuyer notre analyse de l’avancée de la conception ethnolinguistique dans la construction européenne notamment dans le processus de régionalisation. L’un des textes est la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires adoptée le 25 juin 1992 par le Conseil de l’Europe et suivie en 1995 de la Convention cadre pour la protection des minorités.

La Charte des langues régionales et minoritaires a, à ce jour, été signée par vingt et un Etats. Douze ne l’ont pas ratifiée pour le moment dont la France. Elle est le résultat du lobbying de l’UFCE auprès des organes régionaux comme le Congrès des Pouvoirs Locaux et régionaux, et auprès du Conseil de l’Europe. Dans un premier temps, l’idée de vouloir préserver des langues minoritaires n’est pas condamnable, mais si ces langues sont menacées c’est qu’elles ne sont plus parlées. Alors pourquoi inviter les Etats à prendre des mesures pour qu’elles soient à nouveau parlées ? En effet, dans son préambule la charte parle de protection des langues régionales ou minoritaires, mais aussi de promotion. C’est dans cette volonté de promotion qu’est indiqué dès le début que « le droit de l’individu de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée ou publique constitue un droit imprescriptible »

Les Etats signataires s’engagent à assurer l’enseignement des langues régionales ou minoritaires. Le fait que le droit de pratiquer sa langue dans la vie publique soit imprescriptible, oblige l’état à assurer que l’individu puisse s’exprimer dans sa langue dans tous les services publics et devant l’administration judiciaire. Enfin, les actes administratifs doivent également être traduits dans la langue régionale ou minoritaire. On voit ici la complexité et le coût d’une telle application à la lettre de la Charte, et le peu d’objectivité qui animait les inspirateurs du texte. On atteint le sommet de l’aberration lorsque l’on découvre les 40 langues reconnues par la Charte comme minoritaires ou régionales en France. Même si la charte à peu de chance de s’appliquer dans sa totalité, le fait que l’on reconnaisse autant de droit à la minorité linguistique et donc de devoir à l’Etat, met en avant l’importance que peut avoir la langue dans la marche vers un processus de régionalisation.

La convention cadre de protection des minorités est également une façon de promouvoir les minorités au sein des états multinationaux. La philosophie qui inspire ce texte est en opposition avec la tradition intégrative des Nations civiques au nom du droit à la différence élevé comme la première des libertés. En fait, ses textes fondent une société multiculturelle permettant aux identités de prendre le dessus sur la culture nationale.

Il y a donc un travail de sape effectif des fondements culturels et universalistes de la nation civique au profit d’une tribalisation de la société. L’introduction de ces textes permettrait par exemple en France aux bretons, aux alsaciens, aux basques, aux corses…de revendiquer leur particularisme et donc d’exiger que des mesures permettant de développer ce particularisme soient prises. Cet avenir semble bien plus proche qu’on pourrait le croire. Les rivalités linguistiques que connaît la Belgique sont la conséquence de l’exacerbation des particularismes et ce n’est encore qu’un aperçu. On peut qualifier cette politique d’éloge de la différence, d’universalisme du particulier ; en fait on applique la notion de multiculturalisme existant dans certaines sociétés à la structure mêmes des Etats.

Des textes portant sur la structure même des Etats viennent s’ajouter aux textes ethnolinguistiques, comme la Charte de l’autonomie locale ou la Convention cadre sur la coopération transfrontalière. Dans un rapport de la commission européenne sur les politiques structurelles et les territoires de l’Europe, les auteurs insistent sur le fait que « l’objectif est de promouvoir l’intégration au sein de grands groupes de régions entre européens ». L’ARFE, Association des Régions Frontalières Européenne, a pour objectif de réduire les frontières étatiques à de simples frontières administratives. Le projet de Charte de l’autonomie régionale permet dans son article 16, de procéder à des rectifications de frontières régionales. On aperçoit déjà le risque de voir renaître de vieilles revendications territoriales.
 
De la paix à la guerre :
le risque d’une Europe balkanisée

Il y a une rengaine qui revient chez la plupart des penseurs de l’ethnorégionalisme : « les frontières sont des cicatrices de l’Histoire ». Ainsi Josef Moliner i Florenca, député du Parlement de Catalogne explique que : « Mon pays a été séparé d’une manière absurde par le Traité des Pyrénées (1659) et les concitoyens appartiennent à deux Etats ». Il y a comme un esprit de revanche sur l’histoire qui se ressent dans les discours. Lors de la remise du prix Charlemagne en 1950, qui récompense les personnalités ayant contribué favorablement à la cause européenne, Coudenhove-Kalergi déclare ceci : « Il revient à notre génération de mettre fin pour toujours à cette chaîne de guerres et d’inimitié héréditaire, de revoir de fond en comble ce traité funeste de séparation de Verdun en 843, qui a déchiré l’Empire européen en une Nation allemande, française et italienne afin de refaire l’unité de l’Occident. ». Cette union devrait selon lui prendre le nom d’Union Charlemagne, qui serait ni plus ni moins selon ses propres mots « La renaissance de l’Empire carolingien ».

Il semblerait que la construction européenne, qui devrait être une pensée postnationale tournée vers l’avenir, regarde un peu trop en arrière. Le processus européen que nous venons de décrire dans sa forme ethnorégionaliste porte en lui la guerre. Il nourrit en son sein des féodalités, des seigneuries et cette volonté soi-disant populaire pour l’autonomie est démentie au regard des résultats lors des consultations. Les référendums organisés en Corse, Martinique et Guadeloupe, pour la mise en place d’une collectivité unique se sont soldés par des échecs mettant en avant l’opposition entre les aspirations de la classe politique locale et celles des habitants. Mais les ethnorégionalistes ne semblent pas désarmer et la reféodalisation de l’Europe se fera à marche forcée s’il le faut.
Le risque nous l’avons dit, est que l’absence d’autorité supérieure légitime une fois le processus de régionalisation terminé, risque de faire voler en éclat l’Union européenne.

Le péril de voir l’Europe se balkaniser est bel et bien réel et l’issue pourrait être la même que pour les Balkans. L’ethnorégionalisme porte en lui la guerre car il attise la jalousie, les égoïsmes et exacerbe le sentiment identitaire. Pour le moment, un front antinations semble s’être créé entre les néolibéraux, les ethnicistes, les régionalistes modérés, les sociaux-démocrates, et l’extrême gauche, pour faire reculer l’Etat-Nation. Mais les raisons qui les y poussent sont très différentes et une fois la Nation disparue, leurs divergences risquent d’engendrer de nombreux conflits. Si les néolibéraux ont toujours été partisans d’un Etat moins présent, l’apparition de régions autonomes leur permet de mettre encore plus de territoires en concurrence. Le passage de la paix à la guerre deviendra toujours plus facile au fur et à mesure de l’avancée du processus de régionalisation sur des bases ethnolinguistiques.
Conclusion
Au terme de notre étude, il nous paraît difficile de croire qu’une Allemagne démocratique, qui est depuis des dizaines d’années notre partenaire en Europe, soit encore animée par des visées hégémoniques sur le continent. Mais au fur et à mesure de notre analyse de la régionalisation en Europe, il s’est avéré que l’Allemagne était très liée quand elle n’était pas à l’origine même d’organismes ethnorégionalistes ou d’institutions de coopérations régionales.

En 1999, lors d’un colloque Franco-allemand, Yvonne Bollmann, maître de conférence à l'Université Paris-XII, fut invitée à exposer ses thèses sur « la tentation allemande » selon laquelle un certain nombre de représentants des élites allemandes chercheraient à assurer la prépondérance de leur pays en Europe en faisant éclater les constructions politiques du continent car ils savent bien que les régions germanophones disposeront alors d’une majorité démographique.

Il était également évident que cette volonté n’est pas celle du peuple allemand, et c’est un élément important, car nous avons constaté un désintérêt du peuple pour la régionalisation et plus encore la régionalisation ethnique. Ce qui se dégage au fond, dans cette étude c’est surtout une volonté de revanche et de domination d’une partie de la classe dirigeante en Europe. Nous assisterions à un retour au Moyen-âge, avec l’établissement de seigneuries, de principautés.

Le processus de régionalisation, alors qu’aucune forme ne se substitue à la Nation, est de ce fait un retour en arrière, il se fait à contresens de la marche du temps. Que pourra-t-il sortir de bon d’une Europe des Régions découpées sur des pseudos critères ethniques, si ce n’est des micronationalismes et des discours de haine contre l’autre ? Que se soit ou non la volonté de l’Allemagne, la solution postnationale de l’Europe des Régions ne semble pas pouvoir relever les défis de notre temps et représente un obscurantisme des plus forts.

Je pense qu’il est bon, de se tourner vers nos sages et d’entendre les paroles d’Ernest RENAN :

« Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peut-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendra-t-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé. »

 

 

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