"Ceci n'est pas une dictature" d'André Bellon - par l'ARSIN

Par l'ARSIN

 

Ceci n'est pas une dictature

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Né en 1943, polytechnicien, ancien député PS, André Bellon a fondé l’Association pour une Constituante. Dans Ceci n’est pas une dictature, il expose, de façon nuancée et progressive, la déconstruction méthodique de la République.

On y appréciera en premier lieu que, contrairement à tant d’autres qui disent que « nous ne sommes pas en démocratie », Bellon ne verse pas pour l'instant dans cette thèse. Le titre, inspiré de Magritte, n’est pas du second degré. Ou du moins pas que. En effet, selon Bellon, la dictature n’est pas un fait accompli en France. Nous avons certes eu un référendum annulé, des partis politiques qui s’affrontent aux seconds tour des présidentielles sans réels clivages de fond. Mais la possibilité pour le peuple de s’exprimer existe toujours. Tout comme la possibilité de (se) manifester, d’opposer une résistance dans la rue (ou dans les urnes, comme aux élections locales depuis 2007) au gouvernement en place. Un gouvernement dont, au passage, les partisans sont minoritaires, tant dans l’opinion que dans les médias, surtout Internet (vous en croisez encore beaucoup, vous, des sarkozystes convaincus?). Des « détails » que nous envieraient beaucoup de peuples qui ont de vraies dictatures, eux. Et nous serions bien mal inspirés de mépriser les moyens qui nous restent à disposition, ne serait-ce déjà la liberté d’association (pour une constituante).

Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps. La route est tracée, elle ne consiste pas seulement en scrutins annulés ou empêchés comme récemment en Grèce, mais en une idéologie tournée contre le vote populaire. Ce ne sont pas seulement les injures contre les nonistes après Mai 2005, ou les nouvelles récriminations contre les votations suisses (dont celle contre les minarets en 2009). C’est, plus encore, la suppression progressive des clivages au nom de la norme : pas d’alternative à la « construction européenne », l’euro, au modèle de capitalisme plus ou moins régulé dans lequel nous vivons.

L’auteur voit un régime de la « norme » et de la quantification dans ce qui fait office de débat politique : équilibrer les budgets, ou du moins faire moins de 3% de déficit, sauver l’euro, rassurer les marchés financiers. Une série d’objectifs dont la simple évocation dispense d’argumenter. Mais, sur ce point, on peut ne pas approuver totalement le diagnostic : ce n’est pas tant la présence de normes et de quantifications en grand nombre qui pose problème, mais le fait de simplifier le débat à quelques repères arbitraires. Et plus encore quand la communication devient franchement simpliste, voire suicidaire : quand un gouvernement donne pour principale justification à ses actes de « rassurer les marchés financiers », non seulement il ne restitue pas réellement la problématique des déficits publiques (l’excès de dépenses publiques, l’insuffisance de recettes fiscales, les choix temporels entre dépenses présentes et recettes futures, ou le niveau des taux d’intérêts), mais de surcroit, il déroule le tapis rouge aux critiques qui ne verront en lui qu’un serviteur de la Finance. Un discours qui, à défaut d’être totalement déconnecté de la réalité, la simplifie considérablement au niveau du diagnostic.

Et ce ne sont pas que les diagnostics qui sont touchés, mais aussi les propositions. Comme nous l’avons également fait sur ce site, André Bellon rejette l’alternative « subversive » du tirage au sort, y voyant une abdication de la confiance mise dans le peuple pour identifier ses besoins, quitte à le faire avec déchirements et fracas. Car la démocratie ne saurait se passer de conflits, et c’est bien par la libération de ceux-ci et non dans leur inhibition au nom d’une « démocratie apaisée » (paix éternelle pour bientôt) que passera le rétablissement d’une république démocratique.

Commentaires (2)

1. Bruno (site web) 13/11/2013

Avec la disparition du pétrole, les taxes sur les carburants (TIPP) pourront se porter sur les autres énergies. Je fais confiance en nos économistes. Concernant les banques, je vous conseille l'article sur le bi-mone9tarisme et la réappropriation de la monnaie pour la destination qu elle aurait du toujours avoir : le troc, l'échange entre les individus, l'économie réelle. http://lxuiox.com ryuviktf [link=http://sihvozechd.com]sihvozechd[/link]

2. arsin (site web) 13/11/2013

"Je fais confiance en nos économistes" : vous êtes courageux, il faudrait plutôt faire confiance en nos ingénieurs et chercheurs.

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