La Tourmente de la Franc-maçonnerie

 

            La Franc-maçonnerie, à cause d’affaires médiatisées, mais aussi à cause de réminiscence idéologiques, est parfois connotée dans l’esprit du citoyen comme une structure obscure agissant dans les seuls intérêts de ses membres. Au-delà des apparences communes, l’influence de la franc-maçonnerie dans la vie politique républicaine fut pourtant importante.

En tant que socialiste, partisan de la socialisation des moyens de production, et républicain, il est donc par nature fatal que je me pose des questions sur la franc-maçonnerie.  

Une Franc-maçonnerie progressiste

La Franc maçonnerie eu le plus d’influence sur la vie politique Française sous la troisième république. La gratuité et la laïcité de l’école est adopté sous l’impulsion d’un franc-maçon, Jules Ferry, à cette époque ministre de l’instruction publique. Les syndicats sont autorisés en France est en 1884 grâce à la loi dite Waldeck-Rousseau, du nom de Pierre Waldeck-Rousseau, franc-maçon également. A cette époque il est ministre de l’intérieur. En 1901, alors qu’il est président du conseil, la liberté d’association est acquise sous son impulsion. Sans parler du soutien face à l'antisémitisme lors de l'affaire Dreyfus.

 

Voilà à priori, un bilan tout à fait positif à cette époque en faveur du combat ouvrier et de la démocratie.

 

On pourrait donc s’étonner, à première vue, que la franc-maçonnerie, si elle fut si partisane de la démocratie et du progrès ouvrier, fut alors interdite lors de la révolution bolchevique. C’est Trotski qui théorisera, et inscrira dans le marbre le caractère bourgeois de la franc maconnerie dans la doctrine léniniste :

« La franc-maçonnerie joue dans la vie politique française un rôle qui n'est pas mince. Elle n'est en somme qu'une contrefaçon petite bourgeoise du catholicisme féodal par ses racines historiques. »

 

Pourquoi la persécution soviétique ?

 

Pour Trotski, les avancées sociales que nous avons évoqué, qui révolutionnent pourtant la société de manière passifique, grâce au fonctionnement républicain, sont balayées comme suit :

« La République bourgeoise de France avançant tantôt son aile gauche, tantôt son aile droite, tantôt les deux à la fois, emploie dans un seul et même but soit le catholicisme authentique, ecclésiastique, déclaré, soit sa contrefaçon petite-bourgeoise, la franc-maçonnerie, où le rôle des cardinaux et des abbés est joué par des avocats, par des tripoteurs parlementaires, par des journalistes véreux […] la franc-maçonnerie est une partie non officielle, mais extrêmement importante, du régime bourgeois. Extérieurement, elle est apolitique, comme l'Eglise ; au fond, elle est contre-révolutionnaire comme elle. »

La position est compréhensible. Seule la dictature du prolétariat, dans l’esprit des révolutionnaires bolcheviques, était un moyen de progrès social. Par conséquent, les avancées de la franc maçonnerie étaient contre-révolutionnaires par nature, car son travail vain dans une société de classe : « A l'exaspération des antagonismes de classes, elle oppose des formules mystiques sentimentales et morales, et les accompagne, comme l'Eglise, d'un rituel de Mi-Carême. Contrepoison impuissant, de par ses sources petites-bourgeoises contre la lutte de classe qui divise les hommes, la maçonnerie, comme tous les mouvements et organisations du même genre, devient elle-même un instrument incomparable de lutte de classe, entre les mains de la classe dominante contre les opprimés. »

Plus tard le rapport entre Staline et Roosevelt ne risqua pas de briser le rejet de la franc-maçonnerie. Staline disait, à propos des sociaux-démocrates (au sens de l’époque, c'est-à-dire les socialistes républicains) qu’ils étaient "la corde au cou du prolétariat". Roosevelt avait, en effet dans un sens, sauvé le capitalisme américain par ses réformes keynésiennes. Les Américains gardent pourtant Roosevelt, franc-maçon, en mémoire comme peut-être le meilleur président qu’ait connu les Etats-Unis. Ce fut le président le plus à gauche de l’histoire des Etats-Unis, les news deal qu’il organisa permetent de comprendre la pensée de l’homme en matière de droit social, à tel point que ces détracteurs républicains le traitaient de « Lénine » et de « Socialiste ».

Mais la dictature du prolétariat importait, au-delà des réalités mêmes, comme l’amélioration des conditions de vie des peuples sans un parti communiste aligné sur le komintern au pouvoir.

La révolution

Lors de la révolution chilienne de 1973, Salavador Allende, républicain, socialiste authentique, et franc maçon, se débattait contre les contre les déstabilisations américaines. La peur de voir un socialisme démocratique naître quelque part était trop forte pour la sclérose soviétique, et le soutien ne fut donc pas total. Pinochet, franc-maçon lui aussi, prendra la place d'Allende pour appliquer la politique inverse.

Ainsi l'on peut constater, de toute évidence, que la franc-maconnerie Chilienne ; car on ne peut pas généraliser la franc-maconnerie comme structure mondiale ; était, tout comme l'Etat, parcourue de courants de pensées diverses. Où bien le général avait-il trahi son engagement maçonnique ?

L’Amérique du Sud révolutionnaire fut aussi celle du héros national Vénézuelien Simon Bolivar, émancipateur de l’amérique contre la colonisation espagnole. Ce dernier était franc-maçon.  Le Venezuela, qui lutte aujourd’hui au coté de Cuba et d’autres, pour la construction d’un socialisme réel, alternative au capitalisme, et démocratique, porte le nom officiel de "République Bolivarienne du Venezuela".

Aujourd’hui, en France

Il ne s’agit pas ici de réécrire un long article comme ceux qui sortent chaque années dans la presse sur ce sujet. Mais plutôt, de remettre à plat les choses, et de réfléchir, au fond, à l’attitude que devrait adopter un socialiste face à cette structure. Constatons que si la franc-maçonnerie est moins influente que sous la troisième république, elle reste toute même proche du pouvoir politique, aujourd’hui. Des personnalités connues comme Jean-Luc Mélenchon, Xavier Bertrand, ou Noêl Mamère en sont membres.

Alors c’est cela le véritable constat que l’on doit se poser pour aborder la franc-maçonnerie : elle est contradictoire. Mélenchon rappel un peu, ne serait-ce que par son coté franchouillard, le courant des lumières incarnée par la franc-maçonnerie sous la troisième république. Xavier Bertrand lui ne représente pas cela.

Force est de constater aussi que la franc-maçonnerie, en termes numériques, regroupe en effet en son sein la petite bourgeoisie française. Elle est effectivement une structure composée de personnes aisées, qui n’ont peu être pas intérêt au changement révolutionnaire. Petite-bourgeoise et confortable, elle a pourtant comme projet la fraternité entres les hommes, chose qui n’est pas encore acquise, vous en conviendrez.

Au survol de l'histoire, à la situation actuelle, on voit bien en tout cas que Trotksy avait à la fois raison et tord. La franc-maconnerie n'est pas forcément, selon le pays, un soutien de classe. Les avancées sociales de la troisième république le prouvent.

Sur le site du Grand Orient de France, la première loge de France en nombre d'adhérents, l'on peut lire dans la charte des valeurs, à propos des droits de l'homme :

"Tels que définis par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de décembre 1948, ils sont consubstantiels à la République. Le Grand Orient de France considère qu'ils constituent le présent et le futur de l'humanité."

Je ne considère pas pour ma part, qu'ils constituent "le présent" aujourd'hui. L'on ressent comme le gèle d'une espèrance dans cette phrase.

La passion de la République, ce n'est pas la mise sous clef d'un parchemin, et la lutte pour l'environnement. C'est "de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace !". La République, c'est quelque chose de dangereux. C'est instable, car le degré de libérté est toujours sous tension. Gare, car ce ne sont pas l'atome, pas la fusion, pas les quasars fracassants l'univers qui sont les plus grandes forces qui existent, mais les convulsions du peuple français pour la liberté. La franc-maconnerie a su soutenir les peuples qui mettaient à bas le despotisme monarchique, en Amérique du Nord et en France. Ils inspirèrent des idées qui firent faire un pas de géant à l'humanité, brisant définitivement l'idée que seule la servitude était l'état de nature. Mais la liberté est loin d'être achevée, et bien au contraire elle souffre aujourd'hui. Quand à la fraternité entre les hommes, elles ne sera jamais possible tant que des frontières de classes existeront entre eux. Or, le droit de propriété est encore "un droit sacré" aujourd'hui.

Quelle rôle jouera la franc-maconnerie lors d'une nouvelle convulsion, d'un "nouveau stade dialectique", comme aurait dit Trotski ? Sera t-elle Allende ou Pinochet ? La question reste ouverte à mes yeux.

Florent

Sources :

http://www.trotsky-oeuvre.org/22/11/221125.html

http://www.godf.org/index.php/pages/details/slug/chartes-des-valeurs-du-grand-orient-de-france


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