"Lame de fond", notre roman de la crise - par Pablito Waal

Par Pablito Waal

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Le site du roman

 

Le texte en lecture gratuite sur Calaméo (266 pages).

 

Une version papier et une version PDF achetables ici.

 

Présentation du roman par son auteur, Pablito Waal

 

Ce roman est celui d’une révolution française, dans un horizon très proche. En très résumé, plutôt que d’attendre que l’Etat fasse faillite, et bien… les gens cessent de payer leurs impôts. Tout bêtement. Et les conséquences différeraient nettement d’un scénario de faillite déjà vu moultes et moultes fois, fait de plans d’ajustements structurels, de mise sous contrôle du pays par des institutions internationales, de vente du patrimoine public...Non, là, rien à voir.

 

Une révolution qui serait celle des contribuables. Surprenante idée, pour un militant de gauche, non ?

 

Sources d’inspiration

 

On s’attendrait plutôt à ce que ce scénario soit illustré par un libéral, libertarien même, non ? En même temps, ces derniers ont déjà leur œuvre maîtresse, La Grève d’Ayn Rand, que je n’entends point égaler avec mon modeste ouvrage. D’abord parce qu’il ne fait pas plus de mille pages, puisqu’il est justement fait pour être lu rapidement en abordant nombre de sujets actuels. Mais aussi parce que le roman majeur de Rand met en scène une grève organisée des entrepreneurs, découvreurs et créateurs, menée par des personnages charismatiques (Who is John Galt ?). Mon récit est au contraire celui d’un soulèvement totalement impensé, sans aucun chef ni cerveau, même collectif, associant une grande partie des français, des locataires de HLM aux salariés de PME en passant par des millions d’autres contribuables, par pur enchaînement spontané.

 

On pourrait aussi rapprocher mon livre d’un autre « roman » droitier, Le jour où la France a fait faillite, de Philippe Jaffré, inspecteur des finances, et Philippe Riès, journaliste. Ce livre décrit le cours d’une faillite « classique » de l’Etat français, par excès de dépenses publiques, avec une certaine passivité du peuple, et la déchéance nationale qui s’ensuivait. Prenant le point de vue de ministres et de dirigeants de grandes sociétés financières, ce roman adopte un style beaucoup plus technique que le mien, mon parti pris étant de raconter une Histoire fictive vue par des français ordinaires, absents des conseils des ministres ou des réunions de crise au sommet. L’autre différence est que l’ouvrage de Jaffré & Riès est clairement anti-PS, la faillite étatique étant pour l’essentiel à mettre au compte d’un gouvernement Royal-DSK qui aurait officié de 2007 à 2012 (le livre est paru en 2006). Pour ce qui est de mon texte, je vous mets au défi de relever un indice donnant sans doute possible la couleur politique du gouvernement – du moins tant qu’il y en a un.

 

Pourquoi ce roman ?

 

L’idée m’en est venue au début de 2011. On n’en était pas encore au krach d’Août, le « triple A » de l’Etat français n’était pas menacé à court terme. Mais déjà, on ne parlait que d’austérité (surtout sur la droite) ou d’annulation des dettes publiques (sur la gauche surtout, mais pas que). La crise avait déjà alimenté toutes les théories conspirationnistes, tandis que le mouvement des « Indignés » entamait son feu de paille. On pouvait – et on peut toujours – imaginer pour la France, et l’ensemble des nations occidentales, un avenir à l’argentine, à la grecque, ou que la crise profite à un pouvoir neuf. Soit que des « populistes » prennent le pouvoir – et ce n’est pas ce qui nous semble promis, vu la fadeur des candidats qui concourront pour la présidentielle française. Soit, et c’est nettement plus probable, qu’un pouvoir européen (en attendant qu’il soit mondial) ne prenne les états sous tutelle.

 

Donc l’avenir, ce serait soit l’effondrement national, soit la victoire d’une oligarchie. Et dans tous les cas, la majorité du peuple resterait passive. Sauf si l’on espére que nos gentils « indignés » ou d’autres vagues rebelles ne marquent le début d’un soulèvement. Un soulèvement, mais de qui ? Plus de théorie de lutte des classes, plus de prolétariat chargé d’incarner l’avenir. Au mieux, nos insurgés prétendent représenter les « 99% » du peuple, traduisant surtout qu’ils ne savent pas réellement de qui ils défendent les intérêts. Un soulèvement, au nom de quoi ? Pas de modèle alternatif, pas de programme, des revendications « de bon sens » dont le vernis « au dessus des partis » cache mal un lourd fond de gauchisme mièvre.

 

Alors j’ai décidé d’imaginer une autre voie, où le peuple ne serait ni passif, ni bouffi « d’indignation » et de bons sentiments.

 

Pour quel message ?

 

Pourquoi décrire l’effondrement complet du secteur public, que mon camp politique d’origine a bâti depuis le Front Populaire ? Pas par amour des fictions d’horreur (ou pas seulement, dans mon cas). L’un des buts premiers de ce roman, c’est justement d’interroger les partis et militants de gauche face à la crise. Cette crise n’est pas seulement celle du secteur financier, elle est devenue celle de l’Etat, la dette publique n’en étant que le symptôme le plus flagrant. Depuis 2008, c’est « l’ultralibéralisme » censé régner sur le monde de la finance qui est pointé du doigt. Tandis que, face au problème de la dette publique, on cherche par tous les moyens, à gauche principalement, à trouver « l’arnaque », le piège, le tour de passe-passe qui permettrait d’expliquer la croissance de la dette sans avoir à remettre en cause la façon dont l’Etat gère ses moyens et dont il en rend compte à ses citoyens. En bref, à gauche, rien de nouveau.

 

L’analyse de la situation qui sous-tend ce roman n’est pas « libérale » pour autant. Les opinions libérales, beaucoup moins dominantes et affirmées en France qu’on se l’imagine à gauche, ont un certain droit de cité dans ce récit. Mais elles ne s’imposent pas comme vérités révélées, car si les analyses faites par les libéraux sont riches et souvent mieux informées que celles de nombre de leurs adversaires, nous sommes loin de vivre dans un pays « socialiste » que les mêmes libéraux se complaisent à dénoncer. La France décrite dans ces pages est effectivement un pays où l’Etat intervient presque partout, mais en collusion avec le secteur privé. Et le détonateur final du récit, la dette publique, est le produit de la juxtaposition entre une gestion étatique laxiste et opaque, et d’un gonflement de la dette par les intérêts privés (mais aucun de ces éléments n’explique à lui seul tout le problème).

 

L’autre but majeur de ce texte, c’est justement de rappeler que la France, comme tous les Etats et toutes les nations, est faible, mortelle, vulnérable. Mon éloignement des partis de gauche fut provoqué en partie par la trop grande tolérance, quand ce n’était pas l’appui total, qui y est donné aux discours qui placent la France comme éternelle oppresseure (de ses anciennes colonies, des minorités ethniques et régionales, des immigrés…). En oubliant que la France, c’est plus de mille ans de combats pour arriver à unifier des territoires divers, en manquant plusieurs fois de tout perdre. La menace pour l’unité de notre pays, dans un chaos social, économique et politique qu’illustre ce livre, pourrait venir d’en bas, mais aussi d’en haut, via l’Union Européenne, cette « puissance tutélaire » déjà évoquée plus haut. Ce roman veut donc aussi rappeler que le péril qu’encourt actuellement notre pays n’est pas qu’économique, il est existentiel. Et qu’on ne peut pas fonder une cohésion nationale uniquement sur la base de la protection sociale, des « services publics à la française », d’un Etat social, quelque soit l’opinion que l’on ait de l’intervention publique dans le social. Etre français ne se résume ni à une carte d’identité, ni à une carte Vitale. C’est avant tout une volonté d’être membre de la nation, même quand on n’y gagne rien matériellement.

 

Au final, je n’ai donc pas fait un roman nihiliste, appelant au nettoyage du « Système » par le vide. Je ne souhaite pas que cette histoire se réalise, même si elle est plus une dystopie qu’une contre-utopie : la France qui émerge de cette « révolution » n’apparait pas en tous points sombre, et son avenir n’est point bouché. Sans vouloir en révéler plus, la fin n’est pas hollywoodienne, aucun deus ex machina ne sort à lui seul le pays de l’abîme. Ce qui n’empêche que des propositions concrètes sont abordées. Pas un programme politique cependant. Certainement pas dans un roman.

 

Et ça s’arrête là ? Non…

 

Ce roman a aussi une histoire : initialement, il devait être collectif. Finalement, je l’ai rédigé seul. Mais il peut toujours devenir collectif. Car il est évolutif (la première version mise en ligne est la v1.3, ce qui signifie qu’il y a eu 3 modifications par rapport au premier texte, mais pas de changement majeur du récit ou de sa structure, auquel cas nous passerions à la v2.0…).

 

J’accueillerai volontiers toute proposition de modification du roman, pour y rajouter des passages, pour en approfondir d’autres, pour y faire intervenir d’autres points de vue… Avec une précision : ce texte est et sera toujours diffusé gratuitement, sauf s’il devait changer radicalement de contenu.

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