Qu'est-ce que l'argent ? - par Joe Liqueur

Par Joe Liqueur, sur son blog

http://communisme-liberal.blogspot.com

  

 

Je l’ai souvent écrit sur ce blog : l’argent est de nature contractuelle ; l’argent est un contrat. Et pour être plus précis, c’est un droit sur le travail ; un droit à prendre du travail. Je m’explique à nouveau : si vous avez 100 €, vous avez le droit de prendre 100 € de travail sur le marché intérieur de la zone euro (voire à Londres, où l’on accepte les euros me semble-t-il). Si vous avez 100 $, vous avez le droit de prendre 100 $ de travail sur le marché international.
Partant de là, on comprend bien que celui qui contrôle l’argent, qui contrôle le volume de la masse monétaire et donc la valeur de l’argent, celui qui contrôle les prix d’une manière ou d’une autre, contrôle le travail. C’est bien pourquoi la nationalisation du secteur bancaire et financier constitue le premier enjeu du combat socialiste. Le contrôle de l’argent est le premier levier qui permet d’arbitrer la dialectique du travail et du capital. Si c’est la collectivité qui contrôle l’argent, alors c’est le capital qui devra s’incliner devant le travail, dans la mesure où la collectivité est majoritairement constituée de travailleurs, et minoritairement constituée de détenteurs de capitaux.
L’argent est donc l’enjeu de la dialectique du travail et du capital, autrement dit l’enjeu de la dialectique du maître et de l’esclave, puisque l’on parle bien de la même chose. Et la démocratie, entendue comme régime de souveraineté populaire majoritaire et universelle (i. e. intégrant le suffrage universel) est le système qui peut en principe assurer la domination du travail sur le capital, la victoire définitive de l’esclave sur le maître.

La nouvelle martingale du maître : chômage, délocalisation, usure
 
L’esclavage puis le servage ayant été abolis, puis le suffrage universel instauré, que restait-il aux maîtres pour maintenir leur domination, pour maintenir la domination du capital sur le travail ? Le chômage. Mais comme le chômage de masse induit une baisse de la production dommageable à tous (y compris bien sûr aux maîtres), il fallait trouver une martingale permettant de pallier cet inconvénient majeur. Ce sera : délocalisation + usure. Martingale dont on voit aujourd’hui les limites.
Je l’ai souvent écrit sur ce blog, pour un pays comme la France, en situation de déficit commercial structurel, il n’existe qu’un moyen de maintenir le niveau de vie, puis de le faire progresser : produire plus. Mais comment produire plus ? Eh bien c’est ici, et précisément ici, qu’il ne faut surtout pas se laisser abuser par la propagande monétariste qui nous inonde. Pour produire plus, nous n’avons pas besoin d’argent. C’est le travail qui précède l’argent, dans l’ordre logique, et non pas le contraire. L’économie, c’est fondamentalement du travail, et non pas de l’argent. Fondamentalement, n’en déplaise aux capitalistes furieux, l’argent n’est que l’outil qui permet d’échanger le travail. C’est bien ce qui pose problème aux chantres du monétarisme. A un moment, et c’est d’ailleurs le moment présent, ils sont bien obligés de constater qu’ils ont tort, qu’ils nous trompent et qu’eux-mêmes s’égarent. La question à poser n’est donc en aucun cas : où trouver l’argent ? Les deux seules questions à se poser sont les suivantes :
1- Contre quoi échanger, avec les pays étrangers, les matières premières et les biens d’équipement qui sont nécessaires à ces nouvelles productions et dont nous ne disposons pas sur notre territoire ?
2- Où trouver la main-d’œuvre nécessaire ?
Pour ce qui est de la main-d’œuvre, je me répète, mais ce n’est pas vraiment un problème, entre nos cinq millions de chômeurs et les millions d’étrangers qui ne demandent qu’à venir travailler en France. Pour les matières premières non disponibles en France, et les biens d’équipement que nous ne sommes pas capables de produire dans l’immédiat, il est très clair que nous devons de toute façon produire davantage de biens exportables, pour exporter davantage et pouvoir échanger ces productions, avec les pays étrangers, contre les matières premières et les biens d’équipement qui nous font défaut. Mais il y a une autre voie : celle qui consiste à lancer la production, sur notre territoire, de certaines matières premières, et des biens d’équipement, dont nous sommes aujourd’hui dépourvus. Il n’y a là rien d’impossible : il faut juste une volonté, des décisions, en bref une pla-ni-fi-ca-tion étatique.
Je prends trois exemples très différents les uns des autres. Imaginons tout d’abord que nous voulions produire nous-mêmes ces volumes faramineux d’hydrocarbures sans lesquels notre économie serait tout simplement à l’arrêt, matières premières que nous devons acheter à des pays étrangers à des prix qui seront de plus en plus prohibitifs. (1) Une voie s’ouvre à nous, ici et maintenant : celle des biocarburants dits « de troisième génération », produits dans des « bioréacteurs » bourrés de micro-algues. Je vous dis pas comment c’est « écolo », de telles usines ont un bilan carbone négatif (elles consomment plus de CO2 qu’elles n’en produisent) et tirent leur énergie de leur propre production. Je rappelle que les deux questions à se poser sont les suivantes :
1- Contre quoi échanger, avec les pays étrangers, les matières premières et les biens d’équipement qui sont nécessaires à ces nouvelles productions et dont nous ne disposons pas sur notre territoire ?
Réponse : nous pouvons produire sur notre territoire de toutes les matières premières et tous les biens d’équipement nécessaires à une telle production.

2- Où trouver la main-d’œuvre nécessaire ?
Réponse : parmi nos cinq millions de chômeurs, et parmi les millions d’étrangers qui ne demandent qu’à venir travailler en France.
Autre exemple : imaginons maintenant que nous voulions permettre à une majorité de nos concitoyens de disposer non seulement d’une résidence principale, mais aussi d’une résidence secondaire. Il faudrait alors construire de (très) nombreux logements. Et là encore, je rappelle les deux questions à se poser :
1- Contre quoi échanger, avec les pays étrangers, les matières premières et les biens d’équipement qui sont nécessaires à ces nouvelles productions et dont nous ne disposons pas sur notre territoire ?
Réponse : nous pouvons produire sur notre territoire de toutes les matières premières et tous les biens d’équipement nécessaires à une telle production.
2- Où trouver la main-d’œuvre nécessaire ?
Réponse : parmi nos cinq millions de chômeurs, et parmi les millions d’étrangers qui ne demandent qu’à venir travailler en France.
Eh oui, les réponses sont les mêmes…
Imaginons maintenant que nous voulions produire en France une part significative des biens de consommation électroniques (cela incluant en particulier les équipements informatiques) utilisés par nos concitoyens. Les deux questions à se poser sont toujours les mêmes, cependant une des deux réponses diffère :
1- Contre quoi échanger, avec les pays étrangers, les matières premières et les biens d’équipement qui sont nécessaires à ces nouvelles productions et dont nous ne disposons pas sur notre territoire ?
Réponse : nous manquons en particulier de gisements de métaux rares sur le territoire français, nous devons donc exporter davantage, et donc produire davantage de biens exportables, afin de pouvoir échanger ceux-ci (avec la Chine essentiellement) contre des métaux rares. A plus long terme, nous devons aussi – et surtout - développer notre industrie spatiale afin d’être bientôt capables d’extraire certains de ces métaux rares sur la Lune, sur d’autres planètes du système solaire, et/ou sur les astéroïdes.
2- Où trouver la main-d’œuvre nécessaire ?
Réponse (toujours la même) : parmi nos cinq millions de chômeurs, et parmi les millions d’étrangers qui ne demandent qu’à venir travailler en France.
 
(1) Plus j’y songe, et plus je me dis que ce fut la plus grande erreur de Charles de Gaulle : celle consistant à laisser se développer une économie extrêmement dépendante d’une matière première (le pétrole) sur laquelle la France n’avait aucun contrôle véritablement souverain. Le néocolonialisme inconséquent de De Gaulle restera comme sa grande faute stratégique. Ce qui n’enlève évidemment rien à ses immenses mérites. De fait le pétrole était bon marché jusque dans les années soixante, le basculement n’est intervenu qu’en 1973. Mais ce n’est pas une raison. De même qu’aujourd’hui, s’il est vrai que la matière première (uranium) ne représente qu’une très faible part du coût global du nucléaire, elle n’en est pas moins indispensable à cette industrie stratégique. Et il est tout à fait déraisonnable de ne pas (re)développer fissa une production souveraine (i.e. sur le territoire national et/ou dans l’espace) pour les matières premières, quitte à faire évoluer les technologies en conséquence (ce qui est de toute façon souhaitable, pour de nombreuses raisons, j’en ai parlé ici par exemple). L’autosuffisance, dans les domaines de l’énergie, des matières premières et de l’alimentation, n’est pas une lubie idéologique, c’est un devoir politique ; une mesure de prudence primordiale.
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